
Vous avez tenté de bouturer un figuier, un magnolia ou un camélia, et malgré tous vos soins, la tige a fini par noircir et sécher ? Vous n'êtes pas seul : sur les espèces ligneuses, le bouturage classique affiche un taux de réussite souvent inférieur à 42 %. C'est là que le marcottage change la donne. Cette technique de multiplication végétale, pratiquée depuis l'Antiquité, permet d'obtenir une plante enracinée alors qu'elle est encore reliée au pied mère. Résultat : un taux de réussite qui dépasse 87 % sur de nombreuses espèces, y compris celles réputées difficiles à bouturer. Dans ce guide complet, vous découvrirez les cinq grandes techniques de marcottage, les plantes les mieux adaptées, le calendrier idéal et un pas à pas détaillé pour réussir votre premier marcottage aérien dès aujourd'hui.
Qu'est-ce que le marcottage ? Définition et principe
Le marcottage est une technique de multiplication végétative qui consiste à provoquer l'enracinement d'une tige ou d'une branche encore rattachée à la plante mère, avant de la séparer pour obtenir un nouveau plant autonome. Contrairement au bouturage, où l'on coupe d'abord puis on espère que les racines apparaissent, le marcottage inverse le processus : la tige développe ses racines en toute sécurité, nourrie par le pied mère, puis seulement ensuite elle est séparée (on dit « sevrée »).
Le principe biologique
Lorsque vous entaillez ou écorcez une tige, vous interrompez la circulation descendante de la sève élaborée. Les auxines (hormones de croissance) et les sucres s'accumulent au-dessus de la blessure. Placées dans un milieu humide et obscur, ces cellules se différencient en racines adventives. Le marcottage exploite ce mécanisme naturel que l'on observe d'ailleurs en forêt, quand une branche basse touche le sol et finit par s'enraciner d'elle-même.
| Critère | Marcottage | Bouturage |
|---|---|---|
| Taux de réussite (ligneux) | 80 à 95 % | 30 à 50 % |
| Alimentation pendant l'enracinement | Assurée par le pied mère | Aucune (réserves de la tige) |
| Taille du plant obtenu | Souvent déjà ramifié, vigoureux | Petit, fragile au départ |
| Nombre de plants par opération | 1 à 3 par branche | Illimité (selon le matériel disponible) |
| Délai avant sevrage | 4 à 16 semaines | 3 à 8 semaines (mais reprise incertaine) |
| Équipement requis | Minimal à modéré | Minimal |
| Adapté aux espèces difficiles | Oui (figuier, magnolia, camélia…) | Rarement sans hormones ni brumisation |
Les 4 avantages principaux du marcottage
- Sécurité : la tige reste nourrie par la plante mère pendant toute la phase d'enracinement, ce qui réduit considérablement le risque d'échec.
- Fidélité génétique : comme toute multiplication végétative, le marcottage produit un clone exact de la plante mère, avec les mêmes caractéristiques de floraison, de fructification et de port.
- Plants vigoureux : le nouveau plant est souvent plus grand et plus développé qu'une bouture du même âge, car il a bénéficié de l'énergie du pied mère pendant des semaines.
- Accessibilité : pas besoin de serre, de brumisateur ni d'hormones de bouturage — du film alimentaire, de la sphaigne et un couteau suffisent pour un marcottage aérien.
Une technique ancestrale
Le marcottage est l'une des plus anciennes techniques de multiplication des plantes connues de l'humanité. Les Chinois pratiquaient déjà le marcottage aérien sur les litchis il y a plus de 4 000 ans. En Europe, les Romains maîtrisaient le marcottage en cépée pour multiplier les vignes et les noisetiers. Au Moyen Âge, les moines l'utilisaient dans leurs jardins monastiques pour propager arbres fruitiers et plantes médicinales. Aujourd'hui, la technique reste incontournable en pépinière professionnelle pour les espèces qui se bouturent difficilement.
Les 5 techniques de marcottage
Il existe cinq grandes méthodes de marcottage, chacune adaptée à un type de plante et à une situation particulière. Voici un panorama complet pour choisir la technique la plus appropriée à vos besoins.
Le marcottage simple (par couchage)
Le marcottage simple, aussi appelé marcottage par couchage, est la technique la plus intuitive. Elle consiste à courber une branche basse et souple vers le sol, à enterrer sa partie médiane pour provoquer l'enracinement, puis à la séparer une fois les racines formées. C'est la méthode idéale pour les arbustes à branches souples comme le forsythia, le chèvrefeuille ou le jasmin.
- Choisissez une branche basse, souple et saine, de l'année précédente (bois semi-aoûté).
- Creusez une tranchée de 10 à 15 cm de profondeur à l'endroit où la branche touchera le sol.
- Grattez légèrement l'écorce sur la face inférieure de la tige, sur environ 5 cm, pour favoriser la formation de racines.
- Courbez la branche et enfoncez la partie entaillée dans la tranchée.
- Maintenez-la en place avec un cavalier métallique ou une pierre.
- Comblez la tranchée avec un mélange de terreau et de sable (50/50).
- Relevez l'extrémité de la branche à la verticale et tuteurez-la.
- Arrosez régulièrement pour maintenir l'humidité, et patientez 6 à 12 semaines avant de vérifier l'enracinement.
Astuce de jardinier : Pour accélérer l'enracinement, appliquez un peu de poudre d'hormone de bouturage (auxine) sur la zone entaillée avant de l'enterrer. Le résultat est souvent visible 2 à 3 semaines plus tôt.
Le marcottage aérien
Le marcottage aérien est la technique reine pour multiplier les plantes dont les branches ne peuvent pas être courbées jusqu'au sol : arbres, grands arbustes et plantes d'intérieur à tiges rigides. Le principe consiste à entourer une section de tige d'un manchon de substrat humide (généralement de la sphaigne) maintenu par un film plastique, directement sur la plante en position.
- Sélectionnez une branche saine d'au moins 1 cm de diamètre, idéalement du bois de l'année précédente.
- Repérez un entre-noeud situé à 30-50 cm de l'extrémité de la branche.
- Réalisez deux incisions annulaires parallèles, espacées de 3 à 4 cm, en coupant l'écorce jusqu'au cambium (la couche verte sous l'écorce).
- Retirez délicatement l'anneau d'écorce entre les deux incisions à l'aide de la pointe du couteau.
- Grattez le cambium restant pour empêcher l'écorce de se reformer.
- Humidifiez une poignée de sphaigne (trempez-la 30 minutes puis essorez-la).
- Enroulez la sphaigne humide autour de la zone décortiquée en formant une boule de la taille d'un poing.
- Enveloppez le tout dans du film plastique transparent, en fermant hermétiquement les deux extrémités avec du raphia ou du fil de fer.
- Vérifiez toutes les 2 à 3 semaines : lorsque vous voyez 5 à 7 cm de racines blanches à travers le film, le marcot est prêt à être sevré.
« Le marcottage aérien est la technique la plus fiable pour reproduire un arbre fruitier à l'identique. Là où le greffage demande un porte-greffe compatible et un savoir-faire pointu, le marcottage aérien ne demande qu'un couteau, de la sphaigne et de la patience. C'est la méthode que je recommande systématiquement aux jardiniers amateurs. »
— François Drouet, pépiniériste et formateur en arboriculture fruitière
Pourquoi la sphaigne ? La sphaigne du Chili possède des propriétés uniques : elle retient jusqu'à 20 fois son poids en eau, elle est naturellement antifongique (ce qui prévient la pourriture) et son pH légèrement acide favorise l'émission racinaire. Aucun autre substrat ne combine aussi bien ces trois qualités pour le marcottage aérien.
Le marcottage en cépée (par buttage)
Le marcottage en cépée est une technique utilisée principalement en pépinière pour produire en quantité des porte-greffes et des arbustes. Le principe est simple : on rabat sévèrement la plante mère au ras du sol en fin d'hiver, puis on butte progressivement les jeunes pousses qui repoussent au printemps. Enterrées dans la terre, les bases de ces pousses développent des racines. En automne, on les sépare et on les replante.
Cette technique est parfaitement adaptée aux :
- Noisetiers et cognassiers (production de porte-greffes)
- Tilleuls
- Cornouillers
- Groseilliers et cassissiers
- Saules et peupliers
Le marcottage en serpent (ou en serpenteau)
Le marcottage en serpent est une variante du marcottage simple, particulièrement efficace sur les plantes grimpantes à longues tiges souples. Au lieu d'enterrer un seul point de la tige, on enterre plusieurs portions successives, en alternant les sections enterrées et les sections laissées à l'air libre. Chaque section enterrée produit ses propres racines, ce qui permet d'obtenir plusieurs plants à partir d'une seule tige.
- Choisissez une longue tige souple de l'année, d'au moins 1 mètre.
- Préparez le sol en l'ameublissant sur toute la longueur de la future marcotte.
- Entaillez légèrement l'écorce à chaque point qui sera enterré (tous les 20-30 cm).
- Ondullez la tige en enterrant alternativement une portion (10-15 cm de profondeur) et en laissant un arc au-dessus du sol.
- Fixez chaque portion enterrée avec un cavalier ou une agrafe.
- Assurez-vous que chaque arc aérien possède au moins un bourgeon ou une feuille.
- Arrosez régulièrement pendant toute la période d'enracinement (8 à 16 semaines).
- Lorsque les racines sont formées, séparez chaque section enracinée en coupant la tige de part et d'autre.
Le marcottage en serpent est particulièrement recommandé pour la vigne, la glycine, le jasmin étoilé et le chèvrefeuille.
Le marcottage en butte (ou par buttage)
Le marcottage en butte ressemble au marcottage en cépée mais s'applique à des plantes qui ne sont pas rabattues. On accumule progressivement de la terre au pied d'un arbuste pour couvrir la base des rameaux. Les tiges ainsi enterrées développent des racines adventives. Cette technique est très utilisée en pépinière pour la production de porte-greffes de pommiers (M9, M26, MM106) et de poiriers (cognassier BA29).
Le buttage se réalise en 2 à 3 passages entre avril et juin, en ajoutant 10 à 15 cm de terre à chaque fois. Les marcottes sont récoltées en novembre, lorsque les feuilles sont tombées.
Quelles plantes marcotter ? Liste par catégorie
Le marcottage est applicable à un très grand nombre d'espèces, des plantes d'intérieur tropicales aux arbres fruitiers de nos vergers. Voici un tableau récapitulatif des espèces les plus couramment marcottées, avec la technique recommandée, la meilleure période et le délai moyen d'enracinement.
| Plante | Technique recommandée | Meilleure période | Délai d'enracinement |
|---|---|---|---|
| Figuier | Marcottage aérien | Mai – Juillet | 6 à 10 semaines |
| Hortensia | Marcottage simple | Juin – Août | 8 à 12 semaines |
| Magnolia | Marcottage aérien | Mai – Juin | 10 à 16 semaines |
| Monstera deliciosa | Marcottage aérien | Toute l'année (idéal printemps) | 4 à 6 semaines |
| Ficus elastica | Marcottage aérien | Avril – Août | 4 à 8 semaines |
| Philodendron | Marcottage aérien | Toute l'année (idéal printemps) | 3 à 6 semaines |
| Camélia | Marcottage aérien | Avril – Juin | 12 à 16 semaines |
| Forsythia | Marcottage simple | Juin – Juillet | 6 à 10 semaines |
| Lilas | Marcottage simple ou cépée | Juin – Août | 10 à 14 semaines |
| Glycine | Marcottage en serpent | Mai – Juillet | 8 à 14 semaines |
| Pommier | Marcottage en butte / aérien | Mai – Juillet | 12 à 16 semaines |
| Noisetier | Marcottage en cépée | Mars – Mai | Toute la saison (récolte automne) |
| Rhododendron | Marcottage simple | Mai – Juin | 12 à 16 semaines |
Plantes d'intérieur : les candidates idéales
Le marcottage aérien est une technique particulièrement adaptée aux plantes d'intérieur tropicales et subtropicales. Ces espèces, habituées aux atmosphères chaudes et humides, réagissent très bien au manchon de sphaigne et produisent des racines rapidement.
- Monstera deliciosa : le marcottage aérien se fait sur les tiges épaisses, au niveau des racines aériennes existantes. Comptez 4 à 6 semaines pour obtenir un beau réseau racinaire.
- Ficus elastica (caoutchouc) : technique idéale quand votre ficus est devenu trop grand et que vous souhaitez le raccourcir tout en obtenant un nouveau plant. Marcottez au-dessus de la zone de coupe souhaitée.
- Philodendron : les espèces grimpantes (P. hederaceum, P. scandens) se marcottent en aérien avec un succès quasi garanti. Les nœuds produisent des racines en 3 à 6 semaines seulement.
- Dracaena : le marcottage aérien permet de rajeunir les sujets dégarnis du bas en marcottant la tête feuillue.
- Schefflera : cette plante se marcotte très facilement, et c'est souvent la meilleure option car le bouturage de tiges ligneuses est capricieux.
Conseil pour les plantes d'intérieur : Réalisez le marcottage aérien entre avril et août, lorsque la plante est en pleine croissance. La chaleur ambiante (20-25°C) accélère considérablement l'apparition des racines. En hiver, le processus peut prendre deux à trois fois plus de temps.
Arbustes de jardin : des valeurs sûres
De nombreux arbustes d'ornement se prêtent admirablement au marcottage, en particulier ceux dont les branches basses touchent naturellement le sol.
- Hortensia (Hydrangea) : le marcottage simple est la méthode la plus efficace. Couchez une branche basse au sol en juin et vous obtiendrez un plant bien enraciné pour l'automne suivant. Le marcottage hortensia est d'ailleurs l'un des plus pratiqués par les jardiniers amateurs.
- Forsythia : ses longues branches souples en font un candidat parfait pour le marcottage simple, voire le marcottage en serpent pour obtenir plusieurs plants.
- Lilas (Syringa) : difficile à bouturer, le lilas se marcotte en revanche très bien par couchage ou en cépée. Comptez une saison complète pour un enracinement solide.
- Rhododendron et azalée : le marcottage simple donne d'excellents résultats sur ces espèces de terre de bruyère, souvent récalcitrantes au bouturage.
Arbres fruitiers : le marcottage comme alternative au greffage
Le marcottage figuier est probablement l'application la plus connue de cette technique sur les fruitiers. Le figuier, avec son bois tendre et sa capacité naturelle à produire des racines adventives, est un candidat idéal pour le marcottage aérien.
- Figuier (Ficus carica) : le marcottage aérien sur le figuier donne des résultats spectaculaires en 6 à 10 semaines. Le plant obtenu produit des fruits dès la deuxième ou troisième année, identiques à ceux de la variété mère.
- Pommier : le marcottage en butte est la technique standard en pépinière pour produire les porte-greffes nanifiants (M9, M26). Le marcottage aérien fonctionne aussi, mais avec un taux de réussite plus variable selon les variétés.
- Cognassier : utilisé comme porte-greffe du poirier, il se multiplie traditionnellement par marcottage en cépée.
- Agrumes : le marcottage aérien fonctionne sur les citronniers, orangers et kumquats, même si le greffage reste la méthode commerciale standard.
Quelle saison pour marcotter ?
Le choix de la période de marcottage influence directement le taux de réussite. Les plantes produisent des racines adventives plus facilement lorsqu'elles sont en période de croissance active, avec une sève abondante et des températures favorables.
- Printemps (mars à mai) : période idéale pour le marcottage en cépée et le marcottage en butte. La montée de sève favorise la production de racines. C'est aussi le bon moment pour lancer les marcottages aériens sur les plantes d'intérieur.
- Début d'été (juin à juillet) : fenêtre optimale pour le marcottage aérien sur les arbres et arbustes d'extérieur. Les températures élevées et la longueur des jours accélèrent l'enracinement. C'est également la meilleure période pour le marcottage simple.
- Fin d'été (août à septembre) : encore possible pour les espèces à enracinement rapide. Le marcottage simple lancé en août peut donner des résultats avant l'hiver si l'automne est doux.
- Automne (octobre à novembre) : saison de récolte des marcottes en cépée et en butte. On sépare les plants enracinés du pied mère pour les repiquer. Ce n'est pas le moment de lancer de nouvelles marcottes en extérieur.
- Hiver (décembre à février) : repos végétatif. On ne marcotte pas en extérieur. En intérieur, le marcottage aérien reste possible mais beaucoup plus lent (8 à 12 semaines au lieu de 4 à 6).
Point de vigilance : Ne lancez jamais un marcottage aérien en pleine canicule. Les températures supérieures à 35°C dessèchent rapidement la sphaigne et peuvent cuire les jeunes racines sous le film plastique. Si vous marcottez en été, choisissez une branche orientée au nord ou à l'est, à l'abri du soleil direct de l'après-midi.
Matériel nécessaire pour le marcottage
L'un des grands avantages du marcottage est sa simplicité matérielle. Voici ce dont vous aurez besoin selon la technique choisie.
Pour le marcottage simple (par couchage)
- Un couteau bien aiguisé et désinfecté
- Des cavaliers métalliques ou des pierres plates pour maintenir la branche
- Du terreau mélangé à du sable grossier (50/50)
- Un tuteur pour redresser l'extrémité
- En option : de la poudre d'hormone de bouturage (auxine)
Pour le marcottage aérien
- Un couteau greffoir ou un cutter bien aiguisé, désinfecté à l'alcool
- De la sphaigne du Chili (disponible en jardinerie, environ 5 euros le sac)
- Du film plastique transparent (film alimentaire ou sac congélation)
- Du raphia, du fil de fer souple ou du ruban adhésif pour fermer les extrémités
- En option : de l'hormone de bouturage en poudre ou en gel
- En option : du film aluminium pour couvrir le plastique transparent (obscurité favorable aux racines)
Focus sur la sphaigne : le substrat indispensable
La sphaigne (Sphagnum moss) est le substrat de référence pour le marcottage aérien, et ce n'est pas un hasard. Cette mousse naturelle présente des propriétés remarquables :
- Elle retient jusqu'à 20 fois son poids en eau, assurant une humidité constante autour de la zone d'enracinement.
- Elle possède des propriétés antifongiques naturelles qui limitent les risques de pourriture.
- Son pH légèrement acide (4,5 à 5,5) stimule la formation des racines.
- Sa texture aérée permet une bonne oxygénation des jeunes racines.
Préparation de la sphaigne : Faites tremper la sphaigne dans de l'eau tiède pendant 30 minutes avant utilisation. Essorez-la ensuite fermement entre vos mains : elle doit être humide mais pas dégoulinante. Si de l'eau coule quand vous la pressez, essorez davantage. Une sphaigne trop mouillée risque de provoquer la pourriture au lieu de l'enracinement.
Réussir votre premier marcottage aérien : pas à pas détaillé
Le marcottage aérien est la technique la plus polyvalente et la plus spectaculaire. Voici un guide ultra-détaillé pour le réussir du premier coup, que vous travailliez sur un figuier au jardin ou un ficus dans votre salon.
Étape 1 : Choisir la bonne branche
Le choix de la branche est déterminant. Privilégiez une tige saine, sans maladie ni ravageur, d'un diamètre compris entre 1 et 3 cm. Sur un arbre fruitier, choisissez une branche qui a fructifié l'année précédente : vous aurez la certitude que le clone reproduira cette qualité. Évitez les branches verticales très vigoureuses (gourmands) qui produisent beaucoup de bois mais peu de racines.
Étape 2 : Réaliser l'annelage
C'est l'étape clé. À l'aide de votre couteau désinfecté, réalisez deux incisions annulaires autour de la tige, espacées de 3 à 4 cm. Coupez l'écorce jusqu'au cambium (couche verte-blanche juste sous l'écorce brune) sans entamer le bois. Retirez l'anneau d'écorce en le soulevant à la pointe du couteau. Grattez ensuite délicatement le cambium résiduel : l'objectif est de voir le bois blanc, lisse et propre.
Étape 3 : Poser le manchon de sphaigne
Prenez une bonne poignée de sphaigne bien humide (trempée 30 min, bien essorée). Formez un manchon autour de la zone annelée, d'environ 8 à 10 cm de diamètre. Le manchon doit couvrir généreusement la plaie et déborder de 2 à 3 cm de chaque côté. Pressez légèrement pour assurer un bon contact entre la sphaigne et le bois.
Étape 4 : Envelopper de film plastique
Enroulez du film plastique transparent autour du manchon de sphaigne. Commencez par le bas en créant un léger entonnoir pour recueillir l'eau de pluie (en extérieur). Serrez fermement les extrémités avec du raphia ou du fil de fer. Le film doit être hermétique pour conserver l'humidité, mais vous pouvez laisser une petite ouverture en haut pour réhydrater la sphaigne si nécessaire.
Étape 5 : Surveiller et patienter
Vérifiez le manchon toutes les 2 à 3 semaines. Si la sphaigne semble sèche (elle change de couleur), réhydratez-la en injectant de l'eau à la seringue ou en ouvrant le haut du film. En intérieur, comptez 4 à 8 semaines. En extérieur, comptez 6 à 16 semaines selon l'espèce et la saison.
Étape 6 : Le sevrage
Lorsque vous observez un réseau dense de racines blanches à travers le film — visez au minimum 5 à 7 cm de racines — il est temps de sevrer. Coupez la branche juste en dessous du manchon de racines. Retirez délicatement le film plastique mais conservez la sphaigne autour des racines. Rempotez immédiatement dans un pot adapté avec un substrat drainant (terreau, perlite, écorce) et arrosez copieusement.
« L'erreur la plus fréquente que je constate chez les débutants, c'est de sevrer trop tôt. On voit deux ou trois petites racines et on se précipite. Or, un marcot sevré avec un système racinaire insuffisant subit un stress comparable à celui d'une bouture classique. Attendez d'avoir un vrai réseau dense de racines, même si cela prend quelques semaines de plus. La patience est la clé du marcottage. »
— Catherine Martin, botaniste et auteure de « Multiplier ses plantes sans se planter »
Soins post-sevrage
Les premières semaines après le sevrage sont critiques. Le plant doit s'adapter à son autonomie. Placez-le dans un endroit lumineux mais sans soleil direct. Maintenez le substrat humide sans excès. En extérieur, protégez le nouveau plant du vent et du gel pendant le premier hiver. Pour les plantes d'intérieur, un sac plastique transparent posé sur le pot (effet mini-serre) aide à maintenir une hygrométrie élevée pendant la reprise.
Astuce pour le sevrage en douceur : Plutôt que de couper d'un coup la branche, réalisez un sevrage progressif. Entaillez la branche à 50 % une semaine avant la séparation complète. Le plant commencera ainsi à fonctionner sur ses propres racines tout en gardant un apport partiel du pied mère. Cette technique réduit considérablement le stress post-sevrage.
Erreurs courantes et solutions
Même si le marcottage est réputé fiable, certaines erreurs peuvent compromettre la réussite de l'opération. Voici les cinq problèmes les plus fréquents et leurs solutions.
1. La sphaigne s'assèche et aucune racine n'apparaît
Cause : le film plastique n'est pas assez étanche, ou le manchon est exposé au soleil direct qui provoque une évaporation rapide.
Solution : vérifiez l'étanchéité du film et doublez-le si nécessaire. Enveloppez le tout dans du papier aluminium pour bloquer la lumière et limiter l'échauffement. Réhydratez la sphaigne à la seringue par une petite ouverture.
2. La zone annelée pourrit au lieu de produire des racines
Cause : excès d'humidité. La sphaigne était trop mouillée lors de la mise en place, ou de l'eau stagne dans le manchon.
Solution : essorez mieux la sphaigne avant utilisation. Assurez-vous que le bas du manchon permet un léger drainage. Utilisez de la sphaigne de qualité, jamais de la tourbe ou du terreau qui retiennent trop d'eau et manquent de propriétés antifongiques.
3. L'écorce se reforme sur la zone annelée
Cause : le cambium n'a pas été suffisamment gratté lors de l'annelage. Les cellules cambiales régénèrent l'écorce et la circulation de sève reprend normalement.
Solution : retirez le manchon, grattez à nouveau le cambium de manière plus approfondie (vous devez voir le bois blanc, sec) et replacez la sphaigne. Certaines espèces vigoureuses comme l'érable ou le platane nécessitent un grattage particulièrement soigneux.
4. Le marcot est sevré mais dépérit rapidement
Cause : sevrage prématuré (racines insuffisantes) ou choc de transplantation (substrat inadapté, soleil direct, vent).
Solution : attendez d'avoir au minimum 5 à 7 cm de racines bien ramifiées. Après sevrage, placez le plant en atmosphère confinée (sac plastique, mini-serre) pendant 2 à 3 semaines. Réduisez le feuillage d'un tiers pour diminuer l'évapotranspiration.
5. La branche casse lors de la mise en place du marcottage simple
Cause : branche trop rigide ou trop vieille (bois aoûté dur).
Solution : choisissez des branches plus jeunes et souples (bois de l'année ou semi-aoûté). Si la branche résiste, arrosez-la copieusement la veille pour l'assouplir. Courbez-la très progressivement, sur plusieurs jours si nécessaire, en augmentant la courbure petit à petit.
Erreur à ne jamais commettre : Ne marcottez jamais une branche malade ou infestée de parasites. Les racines adventives se formeront peut-être, mais le plant obtenu sera affaibli dès le départ et propagera la maladie. Choisissez toujours du matériel végétal parfaitement sain.
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FAQ sur le marcottage
Quelle est la différence entre le marcottage et le bouturage ?
Le bouturage consiste à couper un fragment de plante (tige, feuille, racine) et à le placer dans un substrat pour qu'il développe ses propres racines. Le marcottage, en revanche, provoque l'enracinement d'une tige encore rattachée à la plante mère. La tige continue d'être nourrie en eau et en nutriments pendant toute la phase d'enracinement, ce qui explique le taux de réussite nettement supérieur du marcottage (environ 87 %) par rapport au bouturage sur les espèces ligneuses (environ 42 %). Le sevrage (séparation) n'intervient qu'une fois les racines bien développées.
Quand faut-il pratiquer le marcottage aérien ?
La meilleure période pour le marcottage aérien en extérieur se situe entre mai et juillet, lorsque la sève circule activement et que les températures favorisent la croissance racinaire. Pour les plantes d'intérieur, le marcottage aérien peut se pratiquer toute l'année, mais les résultats sont plus rapides entre avril et août grâce à la luminosité et à la chaleur naturelles. Comptez 4 à 8 semaines en conditions optimales (intérieur, printemps-été) et 6 à 16 semaines en extérieur selon l'espèce.
Le marcottage fonctionne-t-il sur tous les arbres fruitiers ?
Le marcottage fonctionne particulièrement bien sur le figuier, le cognassier, le néflier et les agrumes. Les résultats sont plus variables sur les arbres fruitiers à noyau (cerisier, prunier, pêcher) et à pépins (pommier, poirier), qui sont traditionnellement multipliés par greffage en pépinière professionnelle. Cela dit, le marcottage aérien reste possible sur ces espèces avec un taux de réussite honorable si l'on choisit des branches jeunes et que l'on opère en pleine saison de croissance.
Combien de temps avant de sevrer un marcot ?
Le délai varie considérablement selon l'espèce, la technique et les conditions climatiques. En règle générale, comptez 4 à 8 semaines pour les plantes d'intérieur tropicales (monstera, ficus, philodendron) et 6 à 16 semaines pour les arbres et arbustes d'extérieur. Le critère décisif n'est pas le temps écoulé mais le développement racinaire : attendez d'observer un réseau dense de racines blanches d'au moins 5 à 7 cm de longueur avant de procéder au sevrage.
Peut-on utiliser de la terre à la place de la sphaigne ?
Pour le marcottage simple (par couchage), oui : un mélange de terreau et de sable convient parfaitement puisque la tige est enterrée dans le sol. En revanche, pour le marcottage aérien, la sphaigne est fortement recommandée. La terre ordinaire est trop lourde (elle tirerait sur la branche), se compacte en séchant, manque de propriétés antifongiques et retient l'eau de manière irrégulière. La sphaigne reste le substrat de référence grâce à sa légèreté, sa capacité de rétention d'eau et ses propriétés antiseptiques naturelles. À défaut de sphaigne, vous pouvez utiliser de la fibre de coco humide, qui offre un compromis acceptable.


